Merveille de Belgique : La Descente de Croix du Christ de Rubens

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La Descente de Croix du Christ de Rubens

L’intérieur de la cathédrale d’Anvers est impressionnant, car il comporte cent vingt-cinq colonnes et sept nefs. On y trouve soixante-six oeuvres majeures (autels, bancs de communion, confessionnaux, fresques, retables, chaire, crucifix, stalles, peintures…) parmi lesquelles quatre oeuvres de PierrePaul Rubens : « L’Érection de la Croix » (1610), « L’Assomption de la Sainte Vierge » » (1625-1626), « La Résurrection du Christ » (1612) et « La Descente de Croix du Christ » (1612).

Un écrit prévient le visiteur : « Il ne s’agit pas de la “Descente de Croix de Rubens”, mais de “La Descente de Croix du Christ peinte par Rubens”. La nuance est, effectivement, d’importance. Il se dit, dans certains milieux ésotériques, que le Graal est représenté en bas et à droite de cet illustre tableau. En 1836, l’écrivain Théophile Gautier fut subjugué par cette œuvre et, bien avant Dan Brown et son « da Vinci code », il a émis quelques considérations « sulfureuses », permettant ainsi d’admirer ce chef-d’œuvre sous un autre oeil :

« Le plus beau tableau de Rubens, peut-être le plus beau du monde, c’est la descente de croix de Notre- Dame d’Anvers.
(…) Je restai stupéfait sous mon étonnement. Depuis longtemps je n’avais éprouvé une émotion aussi forte… (…) L’albâtre azuré et la blancheur morte du corps du Christ avaient su répandre sur les membres de l’Homme-Dieu la pâleur opaque de l’hostie et faire ainsi comprendre que tout son sang avait été versé jusqu’à la dernière goutte pour le salut du monde.

Puis me yeux se fixèrent sur la Madeleine, dont la blonde épaule supportait son pied bleuâtre, et ne s’en détachèrent plus, quoique les autres personnages du tableau méritassent assurément d’être examinés.

Cette figure de Madeleine me ravit extrêmement. Aucun peintre, à mon avis, n’a mieux caractérisé la grande amante du Christ, et Rubens en la dessinant s’est surpassé lui-même.

(…) Une humide lueur tremble sur le globe de son grand oeil emperlé de larmes limpides et levé avec une tristesse passionnée vers le corps du Sauveur, qui tombe comme un fruit mûr de l’arbre de la croix. Sa bouche à demi-entr’ouverte semble aspirer ardemment l’air qui entoure le mort bien-aimé, et toute son attitude exprime un désespoir et un amour si parfaits qu’il est impossible de n’en être pas touché.

Ce qui me charme surtout dans cette magnifique créature, c’est qu’à la suprême beauté elle joint un sentiment de vie extraordinaire ; l’existence court en fibres rouges dans cette peau de velours ; cette épiderme (orthographe et ponctuation sont de l’époque) si fine et si jolie cache des muscles invaincus. Ce n’est pas un ange, ce n’est pas une sylphide, c’est une femme,
quelque chose qui vaut beaucoup mieux, selon moi. Je n’ai jamais été un grand partisan des beautés mourantes ; je ne conçois guère la grâce sans la force, et la Madeleine de la descente de croix réunit toutes les conditions de mon idéal. Ah ! Madeleine, Madeleine, que n’ai-je été ton contemporain ! »

L’ordre de peindre

L’histoire de « La Descente de Croix du Christ » est assez surprenante et mérite d’être relatée en détail. Nous sommes le 7 septembre 1611 dans la salle de la guilde des Arquebusiers située près de l’hôtel de ville d’Anvers. Une réunion s’y tient en présence de Rubens et du maître de la corporation et ordre est donné à l’artiste de peindre le tableau qui devint célèbre. Pourquoi cet ordre ?

En janvier 1611, Rubens avait fait l’acquisition d’une maison avec un vaste jardin qui confinait avec la cour de la guilde des Arquebusiers. Mais, cela ne se déroula pas au mieux au niveau de la construction du mur mitoyen qui délimitait les deux propriétés. La légende avance alors que, sur ordre du bourgmestre Rockox – ami protecteur du peintre –, Rubens accepta de peindre un triptyque en guise de réconciliation après ce conflit juridique avec les Arquebusiers. À trois reprises, leurs dirigeants se rendirent chez le peintre afin de faire avancer le travail et de s’assurer que le bois des panneaux ne contenait pas de l’aubier (partie jeune du tronc et des branches d’un arbre). « Un an plus tard, le 12 septembre 1612, un panneau est descendu du grenier-atelier de Rubens et transporté dans la chapelle de la guilde. Il s’agit du panneau central. La suite s’échelonne sur de longs mois et on dit même que le fameux « rouge Rubens » est élaboré avec du sang de pigeons ! Des retouches ont encore lieu en janvier 1615 et, cette année-là, Rubens perçoit quand même un deuxième paiement de 1 000 florins, son épouse, Isabelle Brant, étant gratifiée d’une paire de gants lors de la réception de l’œuvre. En remerciement de cet admirable travail, Rubens est fait Arquebusier, il est exempté à vie de la contribution de guilde et, en tant que peintre de la
cour, son exemption de service actif est confirmée.

Les spécialistes comparent « La Descente de Croix du Christ » et « L’Érection de la Croix », une autre œuvre magistrale du maître. Pour eux, la première citée est une « nouvelle voie » de Rubens, stylistiquement parlant : « Tout en partant de la tradition, il a surpris son entourage avec un renouveau sans précédent. Il nous touche non seulement par une nouvelle approche picturale, dans laquelle la clarté du jeu de lignes et la fraîcheur des couleurs sont frappantes, mais aussi par la maîtrise dramatique de la composition.

Le moment majestueux de la descente de croix est soutenu par l’expression virtuose des affections : les sentiments de deuil, de désespoir et de chagrin. La réserve avec laquelle le maître exprime ces sentiments confère à l’ensemble une dimension sacrale toute particulière. »

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